Voyage au Japon depuis un monastère bénédictin d’Essonne

Samedi 6 février de l’année 2021, pluie incessante, les parisiens se précipitent sur les routes pour faire vite le plein de nourriture et de soldes dans les plus grandes surfaces. Nous, nous prenons la destination du prieuré d’Etiolles (30 km au sud-est de Paris dans le département de l’Essonne, région Ile-de-France), le frère Benoit Billot nous a donné rendez-vous avant l’interview pour un déjeuner prévu à 12h30. Mon dernier souvenir de déjeuner dans un monastère bénédictin remonte à un week-end d’avril 2013 à Saint-Benoit-sur Loire (sur les pas du poète Max Jacob) et là, à ce moment-là, personne ne parle, silence quasi-total si ce n’est le bruit des couverts et des moines se déplaçant apportant de temps à autre les repas, voire une lecture très monotone d’un ouvrage sur les origines de la francophonie (lors du dernier repas).

Le mail du Frère Benoit précisait « nous prions avant le déjeuner à 12h15 ». A 12h15 précises, nous arrivons donc en voiture au Prieuré de la commune d’Etiolles, c’est face à la Seine, de l’autre côté, vues sur des HLM de Corbeil Essonne. Une personne de l’accueil nous indique la direction de la petite salle de prière qui juxtapose le prieuré se compose d’une belle résidence d’inspiration bourgeoise italienne toute blanche face à un grand terrain tout vert, en bas une petite grotte.

Dans la salle de prière, petite et pas très chauffée, je reconnais Frère Benoit Billot, il a un peu changé depuis 2017. Je l’avais rencontré pour la première fois à Choisy-le-Roi, au site de l’association la Maison de Tobie. J’avais lu auparavant deux de ses livres « Comment peut-on être chrétien ? » et « La maison de Tobie », je l’avais contacté par mail, il m’avait très gentiment répondu. J’étais alors en grande recherche d’un groupe de méditation.

Dans la salle de prière, où nous sommes, c’est un moment de liturgie proprement et purement chrétienne, les moines sont en habit blanc, et il y a deux moines vietnamiens qui chantent parfois avec un léger accent.

S’en suivent, un quart d’heure plus tard, des retrouvailles très chaleureuses avec le frère Benoit qui nous invite à le rejoindre dans une grande salle pour un déjeuner. Ici fort heureusement la parole est de mise. Il y a un groupe de personnes qui sont réunies dans d’autres salles pour déjeuner, pour une journée de réflexion sur Edith Stein.
Nous parlons pendant le déjeuner de la crise sanitaire, de la venue ici du philosophe Alexandre Jollien (qui parraine l’émission), je lui offre du thé du Japon et cela lui fait très plaisir.

Dans la même salle a lieu peu après l’interview (les autres salles sont toutes prises par le séminaire), celle-ci dure 50 minutes en réalité, mais il n’en reste que 35 minutes, c’est la loi du montage ! Réflexe journalistique dont je ne peux m’échapper : « on ne peut pas jamais tout garder, il faut aller à l’essentiel »… mais tout ce qui est dit par Frère Benoit est passionnant. Sur la question de la place des femmes dans l’Église, il répondra que cela lui fait « mal, très mal »que les femmes n’y soient pas mieux représentées.

Je porte un masque et ma voix manque de relief, je m’essouffle très souvent.
Benoit Billot insiste justement sur la dimension interreligieuse du souffle sacré (cette notion parlant selon lui à toutes les religions). Dans mon for intérieur, je ne peux m’empêcher de penser que c’est le souffle même des êtres humains qui est attaqué au travers ce virus. Mais ses propos tombent juste et je me plais à enregistrer, en stéréo, quelques semaines plus tard, un vent particulièrement fort sur une plage d’Olonne-sur-Mer, comme des vagues, il semble refléter le reflet de nos âmes tantôt ascendantes, tantôt descendantes (enfin cela dépend des personnalités). Les artistes se plaisent à tenter de capter l’immatériel, le non tangible qui renvoie souvent il est vrai au sacré, le vent fait penser à une sorte de cri de l’âme…

photo JDT

Après l’interview, Benoit Billot nous offre le thé, quelques biscuits puis il revient plus intimement cette fois sur sa famille, son père militaire et les différentes fonctions qu’ont eu ce monastère : achat en 1997 par l’Ordre des bénédictins à des dominicaines qui l’avaient elles-mêmes achetée en 1950, à un kilomètre du centre des dominicains, « Le Saulchoir ». Ces dominicains l’ont quitté 15 ans après pour s’installer à Paris.

Voici brutes les notes prises à ce moment-là par JDT :

… « Quatre frères et sœurs, la plus jeune a 18 ans de moins que lui, seule en vie au 6/2/21.(…) Le prieuré à l’origine une ancienne ferme, (anciens gravats réutilisés pour la fabrication de la grotte). Rue « Galignani », nom de libraires italiens (rue de Rivoli), hôpital à Corbeil-Essonnes, maison transformée à partir de 1850 (après un général d’Empire, 1820). Premier achat en 1780 à un fermier dont le fils se noie dans la Seine. Famille Galignani propriétaires, 10 hectares jusqu’en 1950, puis vente à des dominicaines, nouvelle aile avec la chapelle. Deux lots : 1 hectare et 9 ha. achat d’1 ha en 1997 par la communauté de l’Ordre des bénédictins habitant alors L’Hay-les-Roses. (…) Naissance de Benoit Billot précisément à Colmar le 1er novembre 1933 (7h10). Corps expéditionnaire en Italie, son père blessé au Monte Cassino (Appennins, épine dorsale de l’Italie). Le père de Benoit Billot envoyé en Algérie se faire soigner à l’hôpital de Blida, puis nommé au ministère de la Guerre à Paris »…

15h30, retour vers Paris pour ne pas être pris au piège par les horaires du couvre-feux. Frère Benoit nous salue chaleureusement et il a toujours un mot d’affection, en 2013 c’était « Salut! », là c’était « Tchao! ».

Grande personnalité, doté d’une grande ouverture d’esprit et grand orateur, la parole de ce religieux (ici moine catholique) est sincère, dénouée de tout intérêt, une parole réconciliatrice, médiatrice, sa parole apaise, calme, mais attention celle-ci n’endort pas, c’est une parole qui éveille, alerte, appelle à la résistance peut-être aussi : les mouvements identitaires prennent de la puissance dans l’Église catholique, rappelle t-il.

Enfin pour tout connaître sur son parcours et ses nombreux « déclics » (autrement dit retournements, saines bifurcations de notre personne et notre recherche perpétuelle d’éthique parfois, permettant à notre esprit de ne pas se plier, de ne pas devenir statique ou de ne pas s’enfermer dans des certitudes stériles), rien ne vaut d’écouter ses propos libérateurs en des temps de doute, de repli et d’angoisses de toutes sortes.

Frère Benoit, merci, vous étiez la première personne spirituelle du podcast « Imaginaires du présent », merci de nous avoir fait prendre conscience que la spiritualité denrée si rare aujourd’hui est peut être le meilleur antidote à l’incertitude, aux maladies psychiques et physiques individuelles et collectives. Le manque de spiritualité ne serait-il pas la plus grande maladie de notre siècle ?

CP, le 24 février 2021.

Un commentaire sur “Voyage au Japon depuis un monastère bénédictin d’Essonne

  1. Merci au frère Benoît Billot pour son ouverture inter religieuse et de sa quête de sagesse au delà d’une religion particulière. Le bouddhisme a beaucoup à nous apporter dans le fait d’apprendre à connaître son esprit, le calme mental, la générosité, l’altruisme, l’interdépendance entre tous les êtres du vivant et la nature, la conséquence de nos actes etc…Tout cela est fort précieux et convient à tous quelque soit sa religion, me semble-t-il.

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